Jeudi 27 Février 2025
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31.01.2025
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En début d’année, traditionnellement tout le monde choisit ses bonnes résolutions pour la nouvelle année, et bon nombre d’entre nous envisagent un régime… Et bien la bouteille de champagne aussi, à la fois pour réduire son poids et ses émissions de gaz carbonique ! Une démarche qui rejoint une actualité brûlante, alors que la SAQ, le monopole qui gère les importations au Canada, vient d'annoncer un nouveau standard pour les bouteilles de vins effervescent.
La Champagne s’est fixée l’objectif ambitieux de réduire de 75 % ses émissions de gaz carbonique à l’horizon 2050 par rapport à 2003. À ce jour, 32 % du bilan carbone du vignoble champenois est dû aux emballages et 28,4 % uniquement à la fabrication de la bouteille.
Il faut dire que la bouteille champenoise doit être solide et résistante. Solide pour supporter une pression interne d’environ 6 bars, et résistante pour endurer un très long vieillissement en caves, de nombreuses manipulations dues au process, et enfin les secousses générées par un transport parfois à l’autre bout du monde.
Pour produire du verre, on a besoin de sable, de soude, de chaux que l’on portera ensuite à 1500 °C pendant 24 h, afin d’obtenir une pâte modulable en bouteille. Le premier levier employé il y a trente ans par les verriers pour réduire le bilan carbone a été l’utilisation du calcin, verre récupéré dans les conteneurs puis broyé, qui nécessite beaucoup moins d’énergie : -54 %. Désormais, cette proportion de calcin dans une bouteille est proche des 90 % ! Précisons au passage que la bouteille blanche qui ne peut être produite à partir de calcin, vu la couleur du verre récupéré, a donc une empreinte carbone deux fois plus importante. Elle est cependant encore utilisée par certaines maisons pour des raisons marketing, cette parfaite transparence permettant notamment de mettre en valeur la robe des rosés auprès des consommateurs.
Le deuxième levier a été l’allègement de la bouteille, dont l’impact sur le bilan carbone est double. D’une part, la quantité de matière première à fondre étant plus faible, l’énergie consommée diminue. D’autre part, comme elle est plus légère à transporter, elle nécessite également moins d’énergie lors des expéditions. Ainsi, à partir de 1994, grâce à de multiples innovations issues de longues années de recherche et développement, les verriers ont réussi à passer de flacons de 900 g à 835 g. Cette nouvelle bouteille, validée par le comité Champagne en 2009, représente aujourd’hui 78 % des flacons mis sur le marché. On estime que le gain sur le bilan carbone de la Champagne a été substantiel : environ 2 %.
L'allègement a par ailleurs été réalisé sans changer la forme de la bouteille, uniquement par l'optimisation de l’épaisseur du verre : renforcement aux points de contrainte (épaules, col) et réduction ailleurs, tout en gardant la résistance à la pression (6 bars).
Le gouvernement a fixé comme objectif aux verriers de baisser de 30 % leurs émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 2015 et de 88 % en 2050. Les verriers travaillent donc sur d’autres sources d’énergie comme l’électrification de leurs fours, le remplacement du gaz par du biométhane, et bien sûr l’intensification de l’utilisation de calcin. La Champagne à d'ailleurs a mis à l’essai depuis peu un nouveau flacon de 800 g pour améliorer d’encore 1 % le bilan de la filière. De très nombreuses maisons le testent confidentiellement sur les tirages de la vendange 2024.
Alors que son évaluation définitive prendra encore quelques années, déjà de nouveaux projets allant encore plus loin sortent des cartons ! Mais attention, comme après un régime drastique qui nécessite de renouveler sa garde-robe, il faudra alors changer le dimensionnel de la bouteille et tous les équipements environnants…
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