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Vous avez dit vin durable?

Iris Borrut-Remise du V d'or Wine Paris

Iris Borrut - Remise du V d'or Wine Paris 2025 ©DR

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

26.02.2025

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Le label de développement durable Vignerons Engagés vient de publier les résultats du sondage commandité à OpinionWay sur la perception d’un vin durable. Nous avons interrogé la directrice Iris Borrut sur les enseignements attendus ou surprenants.

Quelles sont les motivations de cette démarche qui est une première chez Vignerons Engagés ?

 Les Vignerons Engagés ont en effet initié une étude consommateur qui pourrait fournir de vraies données sur la perception d'un vin durable. Car nous avions quelques idées sur le sujet, les vignerons en avaient aussi d’autres. On parle beaucoup des engagements environnementaux en lien avec les labels mais ce qui nous différencie, ce sont les engagements sociaux et économiques au-delà de la sphère environnementale. Nous voulions donc interroger les consommateurs sur leurs attentes en la matière.

Stand des Vignerons Engagés à Wine Paris 2025
Stand des Vignerons Engagés à Wine Paris 2025 ©DR

Qu’en est-il ressorti ?

Nous ne savions pas du tout à quoi s'attendre. On a jeté un peu une bouteille à la mer et la bonne surprise est que la bouteille est remontée bien remplie. La première bonne nouvelle est que les jeunes générations (en particulier les 18-34 ans) sont pour plus des deux tiers convaincus qu’il est important que le vin respecte des critères de durabilité [vs moins de 50 % pour les plus de 50 ans]. Les personnes interrogées se déclarent à 63 % prêtes à payer plus cher pour un vin engagé. Les conditions économiques équitables ressortent quasiment à égalité avec le souci de l’environnement (74 % vs 75 %). Arrivent en tête la protection de la biodiversité, une juste rémunération des producteurs, l’ancrage dans le tissu local et le bien-être des travailleurs de la vigne.

les valeurs associées à un vin durable

Vous avez eu quelques surprises sur les résultats ?

On avait un peu sous-estimé le critère social dans la mise en avant des communications des vignerons, alors qu'en fait, il s’est révélé extrêmement important. Et j’ai été un peu surprise qu'arrivent loin derrière, le réemploi des bouteilles - beaucoup de personnes ne savent pas ce que c’est, et la réduction des émissions de CO2. Les différences hommes-femmes sont minimes sur les valeurs associées, pas sur ce qui détermine l’acte d’achat [les femmes sont plus sensibles de 7 points à la durabilité]. Pas d’écart flagrant non plus au global entre villes et campagnes. Même si on aurait pu s'attendre au cliché des bobos citadins plus sensibles que les ruraux. Le fait que 48% des consommateurs attendent des marques et des producteurs qu'ils achètent auprès de fournisseurs locaux ou à moins de 200 km, a été aussi une surprise.

attentes initiatives sociales

À quoi va vous servir ce sondage?

À communiquer largement à l'ensemble de la filière pour nourrir les professionnels. Et faire en sorte que nos adhérents puissent s'appuyer sur ces éléments pour renforcer leur communication sur leurs engagements sociaux et pour travailler davantage sur l'ancrage territorial, les relations avec des fournisseurs proches... Il sera largement diffusé à l’occasion des prochaines Rencontres des Vignerons Engagés mi-mars.

Avez-vous enregistré de nouveaux adhérents récemment?

Nous affichons aujourd’hui 80 adhérents dont 47 vignerons. Nous sommes bien implantés sur le Languedoc-Roussillon, en Loire, en Bourgogne, en Vallée du Rhône, en Alsace. Nos adhérents sont répartis en quatre collèges depuis 2021. Le collège historique des producteurs, celui des négociants, les distributeurs et maintenant les partenaires, une vingtaine dont l’interprofession des vins de Loire qui vient de nous rejoindre. Nous avions déjà le syndicat de l’AOP du Luberon. Cela correspond à la philosophie qu'avait l'association de devenir une organisation professionnelle pour fédérer tous les acteurs de la filière autour de la RSE. Côté distributeurs, la chaîne de cavistes Vilavigne a rejoint l'association, côte Négociants, l’élaborateur d’effervescents bourguignons Veuve Ambal, Famille Ravoire dans le Sud, et chez les producteurs, le Clos Triguedina dans le Sud-Ouest, la coopérative alsacienne de Beblenheim, Dopff au Moulin également en Alsace, et en cours, la cave du Château des Loges en Bourgogne, la coopérative alsacienne Wolfberger, les vignobles Rousseau dans le Bordelais, le champagne Saint-Philibert. 

Vous avez fait évoluer le cahier des charges des Vignerons Engagés. Quels éléments ont changé ?

Le diagnostic vignoble a fait peau neuve cette année. On a retravaillé cet outil avec des formulations plus claires, pour qu'il soit plus rapide, et mieux adapté aux vignerons car à la base, il avait été pensé pour les coopératives. On a créé un système de questions à tiroirs rationalisé par rapport aux autres référentiels pour éviter les répétitions administratives. Nous avons aussi actualisé le diagnostic à la réglementation pour éviter toute complexité supplémentaire. En 2025, des groupes de travail techniques vont plancher sur six thématiques comme le partage de solutions d'adaptation au changement climatique, le paramétrage d'outils d'intelligence artificielle adaptés à la gestion documentaire, et plus tard dans l’année, sur l'animation de la démarche RSE auprès des salariés et des coopérateurs, sur l'intégration du bilan carbone dans le diagnostic vignoble, la création d'indicateurs communs sur la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) et sur la réduction des consommations et des émissions de gaz à effet de serre en cave. 

Un point sur le fonds Verallia, membre du collège partenaires depuis 2020. Quel est son rôle?

Il accompagne des vignerons dans leur projet d'adaptation aux évolutions climatiques. Cette année, nous avons décidé de se focaliser sur l'agroforesterie en collaboration avec Agroof, une association et bureau d’études spécialisé qui fait de l'accompagnement à l'agroforesterie. On a fait un appel à candidatures et un jury s’est réuni en fonction de trois critères, l'impact, l'inspiration et le degré de confiance pour élire les projets lauréats. Ils sont financés par le fonds à hauteur de 7500 €. Les deux lauréats, la cave de Bestheim en Alsace et le Château des Demoiselle en Provence, vont ainsi planter 500 mètres linéaires de haies pour lutter contre le stress hydrique, développer des corridors écologiques, protéger les sols de l'érosion, etc. Agroof se charge d’identifier les bonnes parcelles, choisir les essences locales, apporter les plants, les tuteurs, le paillage... A charge des vignerons de s'organiser pour planter dans les bonnes conditions, de fournir le matériel car 500 arbres à planter, ça n’est pas rien, et d’en prendre soin, surtout dans les premières années plus délicates. 

*Le sondage a été réalisé auprès d’un échantillon de 1167 consommateurs de vin en janvier 2025