Dimanche 6 Avril 2025
Blancs du Rhône ©F. Hermine
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Date
05.04.2025
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Ces dernières années, blancs et bulles séduisent de plus en plus de consommateurs. Ça tombe bien pour la vallée du Rhône Nord qui offre des effervescents en Clairette de Die et Saint-Péray et gonfle doucement la part des blancs sur les coteaux escarpés.
« Le low alcool devenant incontournable, la clairette entre 7 et 9% d’alcool naturel a forcément une carte à jouer », annonce d'emblée la sommelière québécoise Véronique Rivest. De surcroît, les blancs et les bulles ont le vent dans les voiles » sans parler des bons rapports qualité-prix des vins. D'excellentes raisons pour cocher de nombreuses cases auprès des consommateurs. « Pourtant, elle n'est pas toujours dans les radars des sommeliers ». La clairette apparaît pour la première fois dans les écrits d’un notaire de Chatillon-en-Diois en 1748 qui parle de clerete. Historiquement il s’agissait de vins tranquilles. La région comptait 6000 ha avant le phylloxera; elle était redescendue à 300 dans les années 60 pour redécoller à un millier dans les années 80, 1600 aujourd’hui. La clairette représente 90% de la production de cette région drômoise. 95% des vins sont élaborés en méthode ancestrale. Pour mieux coller aux tendances de consommation, l’appellation a abaissé l’an dernier dans son cahier des charges le taux maximal de sucres résiduels par litre de 35 à 25 g et la part de muscat minimum de 75 à 65 %. « Car le muscat qui apporte l’aromatique et la rondeur murit de plus en plus tôt et augmenter la part de clairette apporte plus de fraîcheur et de finesse ». Outre les desserts, elle se marie avec les mets exotiques épicés « mais également de nombreux plats avec comme seule règle que le mets soit moins sucré que le vin ».
Saint-Péray, la plus petite des appellations du Rhône Nord (116 ha), correspond aussi aux tendances de consommation avec ses blancs à la fois tranquilles et effervescents. Une rareté de jouer sur les deux tableaux même si l’appellation ne compte qu'une demi-douzaine d'élaborateurs de bulles sur une trentaine d'opérateurs pour l'AOC (moins de 10 % de la production en bulles alors qu'elles représentaient 80 % de la région au XIXe). L'appellation table sur deux cépages ardéchois par excellence, en assemblage et parfois en monocépage : la marsanne florale, largement majoritaire à près de 90 %, et la roussanne. « La première qui règne sur l'appellation donne des vins légers, peu acides; la seconde, délicate à cultiver, a une plus grande aptitude au vieillissement » souligne le chef sommelier du Crillon Xavier Thuizat. Les bulles à degré d'alcool modéré à 11-11,5 % se dégustent à l'apéritif ou sur des asperges, les tranquilles sur des poissons, fruits de mer et viandes blanches.
Autre appellation en blanc, le condrieu. L'appellation compte à peine 230 ha sur 15 km le long du Rhône. Une petite aire mais à grande notoriété. Elle court sur trois départements, le Rhône, l’Ardèche et la Loire, ce dernier couvrant plus de la moitié des surfaces. « A la naissance de l’´AOC en 1940, Condrieu était uniquement sur le Rhône, rappelle le président de l'ODG Pierre-Jean Villa. Mais comme à Chavanay, il y avait des vignerons comme Dumazet, De Boisseyt et Antoine Cuilleron, l’oncle d'Yves, qui faisaient des viogniers d’exception, on a décidé de les intégrer dans l’appellation en 1966 et de rajouter le secteur ardéchois autour de Limony ». Le viognier a pourtant failli disparaître si un certain Georges Vernay ne s’était employé à le défendre ceps et ongles et à le replanter. Mais il peut apparaître parfois exubérant. « Notre rôle a été de dompter sa fougue aromatique par la minéralité et les amers. Ce cépage oxydo-reducteur n’a pas d’acidité naturelle et nécessite une date de vendange ultra précise sans aucune marge de manœuvre pour garder de la fraîcheur ». Au siècle dernier, point de condrieu sans élevage bois ni bâtonnage régulier à la bourguignonne; au XXIe siècle, certaines cuvées sont vinifiées tout ou partie en cuves et on recherche davantage d’acidité et d’équilibre.
En Saint Joseph, la part des blancs augmentent également même si l’appellation reste à 86% en rouge. 10% de roussanne et/ou marsanne sont autorisés dans le cahier des charges des rouges mais ils sont de plus en plus souvent conservés pour des cuvées de blancs. Quant à Crozes-Hermitage, l’AOP est passé en dix ans de 7 à 11% de blancs également en marsanne-roussanne.
85 % de muscat petits grains et 15 % de clairette blanche vinifiées en levures indigènes. 53 g de sucres résiduels et 8% vol. Léger et citronné sur les fleurs blanches, des bulles très fines, des arômes de pêche, fleur d'oranger, un équilibre aérien. (avec un fromage de chèvre frais)
80 % muscat petits grains- 20 % clairette. 57,8 g de sucres résiduels et 7,5 % vol. Sec et aromatique sur des bulles fines, des fruits blancs, pommes, pêche sur une note délicatement végétale (avec des crevettes à la citronnelle).
Une sélection parcellaire 100% muscat petits grains avec 65 g de sucres résiduels et 8 % vol.. Une effervescence fine, un nez réservé sur des notes florales (acacia, muguet, fleurs séchées) et des fruits blancs (avec un sorbet à la poire)
85 % muscat petits grains - 15 % clairette sur des terres d'éboulis dans la combe de Vercheny. 60 g de sucres résiduels et 8 % vol. Des arômes de fruits blancs, agrumes, une note de thé vert, d'abricot et de fleur d'oranger (avec des crêpes au sucre).
Un 100 % marsanne. Une belle amertume qui fait saliver des bulles fines et vives, digeste et rafraîchissant (avec des asperges).
Une marsanne-roussanne à parts équivalentes, vive et complexe sur les fleurs blanches, une belle acidité minérale qui apporte de la densité rehaussée par une roussanne sur une note délicatement fumée par un passage en fût (avec un turbot rôti).
95% marsanne et 5 % roussanne issus de sols à dominante calcaire. Fleuri et printanier sur des notes de chèvrefeuille, acacia, zestes de pamplemousse, et une légère note de miel (avec une langouste).
80% marsanne - 20% roussanne. Vibrant et complexe sur des notes florales, de la rondeur prolongée par un léger torréfié épicé. Un équilibre harmonieux entre intensité et puissance grâce à une gestion précise du raisin et des bois et une grande persistance (avec un vitello tonnato).
90% roussanne -10% marsanne
Un nez franc et précis et un tactile calcaire salivant sur une trame tendue et minérale se prolongeant sur une note discrètement fumée, d'une grande finesse (avec un tartare de daurade).
Le domaine le plus au nord, assemblage de quatre parcelles granitiques élevé à 60% en fûts de chêne un an et 40 % inox. Rond et crémeux sur la pêche, le chèvrefeuille, l’amande, les épices, Une acidité équilibrée, un beau volume sur des notes florale et de fruits blancs. En conversion bio (avec des crevettes au curry).
Un assemblage de parcelles du Nord sur granit à biotite par le producteur le plus important de Condrieu. Un élevage en inox et en bois, de plus en plus en foudres avec une vinification de précision pour conserver la fraîcheur du fruit. Un joli nez de fleurs blanches et pêche sur une note de miel et de poivre blanc, une amplitude crémeuse réhaussée d'une note grillée (avec un filet de cabillaud à la crème).
Un assemblage de deux parcelles sur granit de Limony au sud de l’appellation, vinifié en levures naturelles, fermenté et élevé en barriques neuves 8-10 mois. Très floral et onctueux sur le jasmin, le chèvrefeuille, l’abricot, les épices, l’amande grillée sur une note exotique (avec des saint-Jacques poêlées).
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